Kanaky : 30 ans après le 18 novembre 1984

Publié le par USTKE

Beaucoup de jeunes sur le site de la foire de Thio, des jeunes qui n’étaient pas là au moment où Thio fût le théâtre du début des évènements qui marquèrent les années 80. Beaucoup sont ceux aussi qui avaient moins de 20 ans ou moins de 30 ans durant cette période douloureuse comme Marc Kaichou, Auguste Chaguiroa, ou encore Charles Moindou, Guy Ouindo ou bien encore Gaston Nedenon qui ont évoqué à leur manière le « 18 novembre 1984  où les élections territoriales furent  boycottées par le FLNKS »  et la période qui a suivi.
 

 

 

 


Louis Kotra Uregei, au micro a adressé en ces termes le bonjour des délégations indépendantistes venues du Sud, du Nord : « C’est un grand jour pour nous, il y a beaucoup de ceux qui sont là, ils ont fait le 18 novembre 1984. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui ont entendu parler du 18 novembre 1984. Et c’est important qu’ils soient là pour entendre pendant cette journée les témoignages des vieux… Avant tout, à toute la population de Thio, à toute la région de Xârâcùù et à la Kanaky… Aujourd’hui le peuple kanak est debout et écoute... On arrive ici, même si on arrive dans la famille, même si on arrive chez les compagnons de lutte. On va marquer le respect. On va s’abaisser. Voilà le geste de respect. Le geste de bonjour. Ici sur la terre de Thio. Sur cette terre qui a porté notre lutte. Voilà aussi le geste pour le travail pour dire qu’on est ensemble aujourd’hui. Je disais à l’instant que Kanaky écoute. Kanaky regarde. Quand on dit Kanaky, ce sont ceux qui sont présents et puis aussi les esprits qui sont avec nous. Ils sont tous là…Nous sommes là pour parler de ce que nous avons fait il y a 30 ans. Ceux qui sont partis, ils nous ont laissé physiquement. Mais ils sont là avec nous. Eloi est là, Yéyé est là, Jean-Marie est là. Ça serait trop long de les citer tous….Ces frangins qui ont partagé avec nous. Ils ont été les porte- paroles…Ils sont là avec nous. J’ai une pensée particulière pour le frère Eloi…. »
 

 



Le porte-parole du comité organisateur des 30 ans du « 18 novembre 2014 » a à son tour remercié le geste : « Ici à Cöö mè Kumôô (*). Le geste qu’on vous présente c’est pour vous souhaitez la bienvenue ici à Cöö en Kanaky… C’est aussi les 30 ans du pays " Kanaky ". On a aussi à l’esprit le 5 janvier 1985 à la tribu de La Conception où on a hissé la première fois le drapeau du pays. Jean-Marie Tjibaou, le vieux disait " Kanaky est entrain de naître ". Comme disait le vieux, au nom de ceux qui ont porté le pays et la lutte dans cette démarche… Paix à leur âme… L’année prochaine ou dans les années qui viennent, ça sera toujours un message envers la jeunesse. Il faut qu’elle se l’approprie cette lutte : d’Ataï jusqu’à Eloi et Marcel. On a aussi une pensée aux vieux de Tiendanite là-haut. Au nom de tous ces vieux, on vous dit encore une fois avec respect, merci à eux. On vous souhaite encore une fois la bienvenue. Merci. Cokwa(**). »

(*) : Région de Thio en langue Xârâcùù.
(**) : C’est la fin du discours en langue Xârâcùù ou Xârâgurè

 

Rencontres sur le site. Lucienda, Monique ou Jean-Marc, chacun a voulu préciser le but de sa présence à cette commémoration. L'exposition dédiée au 30 ans du FLNKS continue sa tournée dans les différentes manifestations du mouvement indépendantiste.

 

Pourquoi êtes-vous présents à cette commémoration ?

 

 

Lucienda Chamoiri : « J’habite à la tribu d’Ouroué. C’est là où étaient les vieux Eloi et Marcel. Ils se sont déplacés de Canala, ils ont traversé le col pour venir rester à la tribu pour démarrer la lutte. Chacun a démarré la lutte chez soi. En fait, ils étaient là et au mois de janvier, ils ont traversé pour partir à La Foa puis ils nous ont laissé ! »
Est-ce le but de votre présence ici ? « Oui, c’est surtout pour marquer les 30 ans. Et pour ceux qui travaillent pour qu’on ait notre indépendance ! Il faut continuer la lutte pour ne pas oublier ceux qui sont partis ! Ne pas oublier nos martyrs, et je le dis fort car on sait qu’ils ont été tués par eux… Du moment que le peuple est toujours debout. Pour dire que nos vieux ont toujours existé et que nous existons ! Maintenant, on est en 2014, il faut que ça change et on évolue avec le temps. On a acquis certaines choses et on espère que nos enfants vivront bien plus tard ! ».
Par rapport à vos enfants, est-ce que vous leur transmettez cette histoire ? « On en parle, on en parle. (Moment de silence). On essaye de les faire comprendre. On a des enfants qui crient haut et fort " Kanaky " parce que c’est notre pays et ça fait parti de nos revendications. Mais ils ne connaissent pas tous l’histoire de 84. On essaye de le partager quand on a le temps car il faut trouver le temps aussi ! On leur a dit de venir assister à cette grande journée car c’est important pour tout le peuple kanak et notre jeunesse. Aussi il y aura des vieux qui vont raconter leur histoire sur ce qu’ils ont vécu sur les barrages ! Ça serait bien pour eux de venir écouter ! Car les jeunes crient beaucoup le mot " Kanaky " mais on sent que dans ce mot il y a quand même une souffrance dans leur cri, une douleur par rapport aux vieux qui sont partis. Ce genre d’évènements, de rappels de souvenirs ils comprendront pourquoi on est là aujourd’hui. Ils réfléchiront et vont réagir autrement. »

 

Monique Daoume habite à Canala, originaire d’Ouvéa. C’est son premier déplacement à ce genre de manifestation à Thio :  « En regardant l’exposition, je me suis attardée sur le panneau où Eloi Machoro a cassé l’urne à la mairie. Ça m’a fait penser aux évènements d’Ouvéa. »



Jean-Marc Ayawa, directeur d’une école primaire dans le privé, 6ème adjoint au maire de Thio : « Je suis venu avec des camarades qui sont là pour se rappeler du 18 novembre, une date importante dans la lutte du peuple kanak. Même si on est à l’endroit où l’on travaille puisque c’était la consigne de gagner des postes dans la construction de notre pays. On est là pour commémorer cet évènement qui a marqué la lutte du peuple kanak et le montrer à nos jeunes. J’espère qu’ils vont le dire dans les discours. Trente ans après, qu’est-ce qu’on est devenu ? A la mi-journée, au moment de  la levée des drapeaux ça fait plaisir de voir du monde. »

 

Francis Gnahou originaire de la tribu de Saint-Pierre, président du comité organisateur de l'évènement : « L’organisation de cette journée s’est faite avec les militants d’ici et avec le concours de la Mairie de Thio (les conseillers et le personnel). On a fait trois réunions avec le Comité 30 ans du FLNKS puis c’est nous qui avons géré le travail sur le site. On a demandé aux militants qui ont vécu les évènements de 84 de venir. Il y a des mamans avec leurs enfants, des hommes de Xârâcùù (Canala), de Sarraméa, de La Foa et ceux de Cöö qui sont venus pour les préparatifs de la cuisine et du site. La plupart des militants sont arrivés la veille pour préparer le four. On a l’habitude de recevoir les gens de la région pour se rappeler du 18 novembre 84 et là depuis ce matin, on a vu des gens arrivés de Koné, de Nouméa, de Ouégoa. C’est bien ! »

 




Steeve M’Boueri originaire de la tribu de Saint-Philippo 1, âgé de 40 ans il se souvient du début des évènements : « En 84, j’avais 10 ans. J’étais jeune. On nous transportait à droite à gauche. Là où l’on pouvait se cacher dans les tribus. Vers Kouaré ou Ouindo. On n’était pas dans les barrages. En fait, on n’a pas vu ce qui s’est passé ici parce qu’on était avec toutes nos mamans. »
Trente ans après, comment percevez-vous cette commémoration ? : « En grandissant, on s’est aperçu que le mouvement fait par les vieux en 84, c’était plus en notre faveur. On s’est aperçu qu’il y a plusieurs jeunes qui travaillent sur les mines. Et ça c’est le travail des vieux. Ça été bénéfique pour nous les jeunes. Merci à tous les vieux et c’est nous qui bénéficions de tout ça. »
Vous parlez de cette période douloureuse à vos enfants ? : « J’ai deux filles et un garçon. Je leur parle souvent. Je leur aient dit si vous allez à l’école, ce n’est pas pour crier Kanaky. Mais il faut sortir de l’école avec un diplôme car Kanaky ce sont nos enfants. Ce n’est pas les enfants venant de France ou venant d’ailleurs du Pacifique. Ce sont d’abord nos enfants ! »
 

 


 


 

 

Après la coutume de bonjour des délégations venues du Nord, du Sud faite aux représentants coutumiers de Thio et au comité organisateur des festivités, les invités ainsi que les populations environnantes notamment les enfants scolarisés au village de Thio ont été sollicités pour planter les arbres qui marqueront ce trentième anniversaire. « Ces arbres représentent beaucoup dans la vie de l’homme kanak. Le sapin représente l’homme, le kaori et le cocotier représentent le côté de  la femme. Il faut que vous le reteniez bien parce que les vieux d’ici connaissent l’histoire dans leur tribu, dans leur clan. Là, où ils restent. Parce que nous, nous sommes un peuple », a affirmé l’un des militants en s’adressant aux enfants.
Un peu avant midi, les élus ont tour à tour porté leur message en clamant pour chacun d’entre eux le fait de se rassembler avant 2018, de créer l’unité avant la date référendaire. Le représentant de la DUS a suggéré pour sa part à ses camarades indépendantistes de joindre la pratique au discours, en somme de joindre l’action au discours rhétorique avant la date butoir  qui n’est pas simple au vue des divergences de point de vue mais dont l’objectif reste le même : l’accession de notre pays à sa pleine souveraineté. Nous vous proposons de larges extraits de leurs interventions le 18 novembre dernier.
 

 



Victor Tutugoro, porte-parole du Bureau Politique du FLNKS, chef de file de l'UPM : « … La terre de Kanaky a été colonisée. Nos terres confisquées. C’est dans cette situation là que le FLNKS s’est créée en 1984….On a crée le FLNKS pour dire oui : on veut que ce pays devienne indépendant un jour ou l’autre, on prendra le temps qu’il faut, mais ce pays va devenir indépendant. Nos terres ont été confisquées. Notre culture a été niée, a été interdite. Nous n’avons pas le même rapport à la terre comme les gens qui sont venus prendre nos terres. C’est ce qui a rendu la colonisation encore plus douloureuse…Le FLNKS a été crée pour qu’on accède à notre indépendance, c’est là où l’on veut aller Aujourd’hui on est en 2014. La fin du processus est là dans 4 ans, dans 5 ans. En 1987, tous nos vieux sont allés à l’ONU aidés par le groupe du Fer de Lance Mélanésien dont nous présidons aujourd’hui jusqu’à l’année prochaine les destinées. En 1987, le GFLM a fait du lobbying auprès des pays non-alignés. Ils ont réussi à décrocher que Kanaky soit sur la liste des pays à décoloniser… Il faut qu’on se rassemble à l’intérieur de la maison FLNKS, la maison des indépendantistes. La maison des nationalistes. Il faut qu’on crée les conditions pour qu’on se rassemble parce que ces derniers mois les choses ont été un peu distendues… De maladresse en maladresse. Il faut qu’on prenne le temps. Si on a été capable de créer le FLNKS et d’apporter tous les acquis (liés à la lutte) que ce soit au niveau des provinces, la décentralisation du pouvoir sur les mines…. Hier, on a été capable d’inaugurer l’usine du Nord. Si on a été capable de faire tout ça, et bien on serait capable aussi de se rassembler au sein du FLNKS… de sortir par le haut en 2018, en 2019… »
 

 



Louis Mapou, élu du Front Indépendantiste et Progressiste à la province Sud, élu UNI au congrès de la N-C :

 

Le combat des aînés
«… La marge de progression du mouvement indépendantiste que nous devons conquérir. Elle est décisive. Il y a une condition qu’il faut remplir pour pouvoir l’aborder, pour pouvoir l’atteindre, c’est travailler. Il n’y a pas de miracle. Nos aînés ont porté le combat avec conviction. Ils ont porté le combat en bravant la pluie, le beau temps, des difficultés. La conquête de l’indépendance, c’est du travail. C’est à cela qu’on se doit de s’attacher. Victor faisait appelle tout à l’heure à la jeunesse. A cette jeunesse qui nous côtoie tous les jours : vous devez intégrer dans votre esprit que les sacrifices qui ont été faits, c’est pour pouvoir porter avec dignité le combat politique pour l’accession de notre pays à l’indépendance. »

 

La rencontre avec le président de la république, François Hollande  
« Il nous a dit : l’Etat attend que vous prenez vos responsabilités au niveau local. On pourrait dire à l’Etat et au président de la république : chiche ! Nous sommes prêts à relever le défi ! Il faut qu’on le relève ! L’accession à la pleine souveraineté, la construction d’une nation, l’organisation d’une société. Et bien, elle est à l’image de ce que l’on veut si nous le décidons. C’est à cela qu’il faut s’attacher ! Si on veut que la droite coloniale vienne sur la table des discussions dans les conditions que nous allons poser…. Dans les trois ans qui viennent, il faut qu’on bouscule la droite coloniale, il faut qu’on bouscule l’Etat. La seule voie possible, c’est celle du référendum d’autodétermination sur la base de trois catégories de questions qui prennent bien en compte notre volonté de faire accéder notre peuple à la pleine souveraineté, d’appeler les autres à nous accompagner, à porter avec nous ce projet… »

 

Notre modèle de société
« Nous avons cette chance en Kanaky de construire quelque chose à notre image. Il ne dépend que de nous de mettre la droite coloniale et l’Etat colonial au pied du mur. Nous avons trois ans. Nous avons réussi ce que nous avons déjà fait. Nous n’avons pas à rougir de ce que nous avons fait. Mais le plus dur est devant…Nous sommes divisés dans notre organisation mais il ne devrait pas avoir de rupture dans notre message politique. Ce message, il est le même. Nous avons passé notre temps à le construire. Beaucoup cherche notre modèle de société mais ça fait 30 ans qu’on passe notre temps à le construire. Il est dans chaque action que l’on mène. Il est dans la façon dont on aborde la question foncière…Il est dans la façon dont on conduit la commune de Thio... »


 


Jean-Louis D’Anglebermes, secrétaire général adjoint de l’U.C. : «  Le 18 novembre fait parti de cette région. Pourquoi ce 18 novembre ? Comment ce 18 novembre a évolué ? A chaque fois que je passe à Thio, je pense aux leaders de l’époque. Il y a 30 ans, j’étais un jeune enseignant. Beaucoup de jeunes que j’ai croisés ici, ils ont été mes élèves. Je pense aussi à tous les militants qui se sont mobilisés ce 18 novembre 84-85 jusqu’en 88. Cette mobilisation a tenu. »
Hommage à Marie-Françoise Machoro
« Quand je passe à Thio, je pense à quelqu’un qui m’est très cher. Elle s’appelle Marie-Françoise Machoro. Je voudrais qu’on pense à elle, qu’on lui rende hommage. Elle fait partie des militants qui ont fait beaucoup de choses à l’époque. Elle ne fait pas partie de nos leaders ». Pour l’Union Calédonienne, « elle est un modèle, elle s’est battue pour les causes que nous défendions ».
Message aux jeunes
« A l’époque, nous étions jeunes. Nous regardions les leaders. Nous essayions de comprendre les choses. Le 18 novembre, c’est la journée où l’on avait décidé un boycott des élections. Pourquoi un boycott ? Toujours pour la même problématique. Après les élections du président de la république le 10 mai 1981, il s’était engagé s’était engagé à donner l’indépendance à la N-C, Mr François Mitterand. Des contacts avaient pris à Paris pour poser deux problèmes :  1/ le même que l’on pose aujourd’hui, le corps électoral. Qui fait parti de cette population en N-C ? ; 2/ Comment donner le pouvoir aux kanak dans leur pays ? C’est la non-réponse du gouvernement socialiste de l’époque à travers le statut Lemoine qui ne répondait pas cette question et qui a amené le FLNKS à ce boycott… Les décisions en interne de l’U.C ont été prises au Congrès de Touho pour ce boycott actif. Lorsqu’on s’est engagé sur ce boycott actif, (nous petits militants) on ne savait ce que ça voulait dire. Mais parmi nos responsables, certains y croyaient fortement, d’autres beaucoup moins. Pourquoi je dis que Thio est important pour le 18 novembre ? C’est la région de Thio qui a permis le déclenchement de ce qui va arriver après. Tous les militants du FLNKS quel que soient les partis, je pense qu’ils se souviennent de ce qu’ils ont fait ce 18 novembre. On sait ce qui s’est passé à Nakéty, on sait ce qu’a fait Eloi en brisant l’urne. Mais lorsqu’on écoute le soir les informations, on a essayé de nous faire croire qu’il n’y avait rien de grave à Canala. Les gens ont boycotté et tout va bien… C’est la semaine qui a suivi le 18 novembre : la mobilisation de tous les militants du FLNKS a été forte. C’est à partir de cette mobilisation que l’Etat a commencé à s’interroger… La droite va arriver au pouvoir. Elle va ignorer à nouveau la volonté du FLNKS de s’inscrire dans une démarche d’émancipation.  Le FLNKS a refusé que le peuple kanak soit minoritaire dans son propre pays… Aujourd’hui, c’est encore cette question que l’on pose à l’Etat… Je fais confiance à cette jeunesse…Il faut que celle-ci regarde devant elle. Un avenir qui leur soit ouvert. Les vieux qui se sont battus, qui sont morts : c’est pour que cette jeunesse s’accomplisse elle-même dans un pays souverain… En 88, c’est la signature de l’Accord de Matignon… 88, c’est la convention du FLNKS à Thio Mission où l’on devait donner notre accord pour quitus à Jean-Marie sur la poignée de main qu’il avait engagé à Paris. Je peux vous dire que ça n’a pas été facile pour les militants qui s’étaient engagés. On nous disait que c’est un accord pour 10 ans et dans 10 ans, vous serez souverains ! Ça fait 30 ans aujourd’hui mais 30 ans c’est fini maintenant ! Je peux vous garantir que 2018, c’est l’accession à la pleine souveraineté…»

 

Sylvain Pabouty, représentant de la Dynamik Unitaire Sud, élu du groupe du Front Indépendantiste et Progressiste à la province Sud et élu du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au congrès de la N-C : « Ce genre de manifestation, ça permet d’être ensemble. Quand on célèbre les 30 ans du FLNKS où les actions prévues par le FLNKS en 84 et trente ans après et au-delà des difficultés que l’on peut rencontrer les uns et les autres, au-delà des divergences que l’on peut porter ouvertement devant tout le monde. Ce qui est bien, c’est qu’on se retrouve ensemble…C’est proposer une sortie qui convienne aux calédoniens et surtout à nous peuple kanak… On ne peut que s’inscrire dans les propos, dans les perspectives…. Ce qu’on doit faire aujourd’hui, c’est le défi : il faut qu’on soit ensemble. 2018, ce n’est pas une élection communale ou municipale. 2018, ce n’est pas une élection provinciale. 2018, ce n’est pas une députation. 2018, c’est quand même un référendum d’autodétermination. Il doit se décider, si effectivement on doit s’accaparer des compétences régaliennes qui restent encore à transférer… Si on se mobilise bien, si on arrive à convaincre les autres citoyens. On devrait faire en sorte qu’en 2018, on ait cette majorité et faire en sorte qu’enfin le pays accède à la pleine souveraineté… Au-delà des discours, il faut joindre la pratique au discours… Il faut créer des espaces pour pouvoir discuter de ce projet de société. Il faut créer des espaces pour que tout le monde puisse débattre de ce projet de société que nous voulons offrir aux calédoniens… Il faut associer tout le monde. Il faut associer tous les partis politiques nationalistes et progressistes, les forces vives, les églises, les syndicats. Tous ceux qui œuvrent pour que ce pays puisse accéder à la pleine souveraineté…La lutte du peuple kanak, c’est tout le monde… En tous les cas, au niveau de la DUS  avec le discours on puisse joindre la pratique…»

 

 


Louis Kotra Uregei, président du Parti Travailliste, élu à la province des Iles, élu du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au congrès de la N-C : «… Quand je regarde autour de vous, c’est une fierté de voir autant de drapeau. Nous, à l’époque des manifestations on n’avait qu’un drapeau. On bricolait vite fait. Regardez aujourd’hui, il des drapeaux partout sur le site. C’est une réalité le mouvement nationaliste kanak… C’est une valeur qu’il faut préserver. On ne fait n’importe quoi au nom du mouvement indépendantiste kanak. Je veux dire ça pour avoir été l’un des membres du premier du Bureau Politique issu du congrès de 1984 à l’Océanique. On a encore du travail, on a encore du chemin. On se doit d’être sérieux, organisé, discipliné à l’écoute des mots d’ordre… En face, ils ne nous respectent pas… Rock a signé l’Accord de Nouméa en 98. Moi, j’ai signé l’Accord Oudinot en 88. Je peux vous dire qu’ils ne nous ont pas respectés. J’ai dit à Christnacht : vous avez trahi notre signature, vous avez trahi notre parole avec les flux migratoires qui n’ont jamais cessé ! On a eu un débat l’autre jour au congrès sur les centimes additionnels. Ils voulaient changer la clé de répartition pour la province Sud afin de donner plus de sous à celle-ci. Ce qui en est ressorti de ce débat, ce sont les dizaines de milliers de gens qui sont rentrés dans le pays depuis 1998. On n’a pas signé les accords pour ça ! Ça veut dire qu’on a été trompé ! Si on a été trompé, il faut que ce pays devienne indépendant ! … La confiance, on l’a donné. Mais nous, nous en tirons les conséquences de tout ça ! Maintenant, la prochaine étape c’est l’indépendance ! Vive la Kanaky ! »
 

 

 

Rock Wamytan, chef du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au congrès de la N-C, élu du groupe du Front Indépendantiste et Progressiste à la province Sud, président du FLNKS de 1995 à 2001 : « Bonjour à tous, bonjour à tous les jeunes pour la commémoration du 18 novembre 84. Bonjour à tous les anciens, tous ceux à l’époque qui avait 20 ans ou 30 ans, 50 ans ou plus. Maintenant, ils arrivent à la cinquantaine, à la soixantaine ou soixante-dix ans. Mais vous êtes toujours là ! Bonjour et honneur à vous aussi parce que vous avez participé à toutes ces journées, notamment à la journée du 18 novembre 84. Merci aux mamans qui ont poussé le feu pendant toute cette période des évènements et qui a débuté avec la journée du 18 novembre, le boycott actif des élections. Le boycott actif du statut Lemoine. Bonjour à tous… J’entends beaucoup de jeunes me dire parfois : vous les anciens, vous avez fait quelque chose mais nous qu’est-ce qu’on va faire de notre pays. Et bien, soyez prêts car vous allez entrer dans une période difficile où il va falloir se battre sur tous les fronts. Les orateurs avant moi l’ont dit… Nous sommes arrivés à une situation grave pour notre pays. »
Le message de François Hollande passe mal
«Vous avez tous entendu hier* le discours du président de la république, François Hollande. Et bien pour moi, le message est clair : la France a toute sa place dans le Pacifique, la France est appelé et sollicité dans tous les pays du Pacifique et la France compte rester dans le Pacifique. Et bien comment, et bien sur notre dos ! Elle va s’assoir sur vous et sur votre combat ! Elle va s’assoir sur les morts kanak, elle va s’assoir sur nos combats et sur nos luttes de notre peuple depuis 161 ans. Voilà le discours de François Hollande. La France restera dans le Pacifique quoi que vous fassiez, quoi que vous vouliez. Et ça, on ne pourra pas l’accepter. La France est entrain de se dédouaner. Elle est entrain de dire que le processus de décolonisation, d’émancipation n’est pas son problème. A la limite, ce n’est pas son problème. C’est le problème des kanak avec les non-kanak. Mais qui à amener ici les communautés non-kanak qui se sont installées sur notre terre. Ce n’est pas nous ! C’est eux ! C’est la France ! Alors pourquoi maintenant l’Etat français se dédouane en nous rejetant cette responsabilité de nous entendre avec les autres ! La France étant à ce moment là, se préoccupant uniquement de son rôle d’arbitre ! Nous ne pouvons pas l’accepter ! »
Soyez prêts pour 2018 !
Je voulais vous dire : soyez prêts dans les mois qui viennent parce que vous allez pouvoir faire quelque chose pour votre pays. Vous attendrez ce qu’on vous dira. Nous allons ensemble définir les stratégies, nous allons ensemble donner les mots d’ordre. Il faut pouvoir gagner l’indépendance de notre pays ! Car le message de François Hollande a été clair : l’Etat français ne nous donnera pas l’indépendance. Le message est clair et ça il faut que vous soyez conscient de cela. Alors qu’au titre de la charte de décolonisation de 1960 et du fait que la N-C est inscrite sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies. Et bien c’est de la responsabilité de la France de conduire dans un processus de décolonisation à l’émancipation et à l’indépendance de notre pays que choisira au bout du compte la population de la N-C et donc nous les kanak. Donc le message est clair, la France nous ne donnera pas cette indépendance. Et bien, il nous dit ceci : si vous voulez votre indépendance, allez-y, c’est à vous d’organiser votre combat… Et bien nous allons poursuivre sur la route tracée par nos aînés depuis 1975. Mais depuis aussi le début de la colonisation puisque nous venons de passer 161 ans de colonisation française sur la terre de nos ancêtres. Si la France par la voix de François Hollande hier soir (*) nous dit que si vous voulez votre indépendance c’est à vous de vous battre pour le faire et bien nous allons nous organiser et nous allons nous battre pour cela…. Le travail au niveau institutionnel etc…Nous allons poursuivre ce travail. Vous les jeunes et les moins jeunes, demain on aura besoin de vous. Soyez prêts, attendez les mots d’ordre que nous allons ensemble définir parce qu’ils nous restent 4 ans. En 2018, il faut fermer définitivement la parenthèse du colonialisme ici en N-C. On n’ira pas plus loin, il n’y aura pas de 3ème, 4ème accord ou de 5ème accord ! Ça sera 2018 ! Vive la Kanaky ! »

(*) : lundi 17 novembre 2014, discours de François Hollande, président de la République Française au CCT.


 

 

Nombreux sont ceux qui ont apprécié le gâteau de cette commémoration, notamment les enfants. Francis Gnahou (à gauche) et Christian Tein (à droite) du Comité organisateur se sont chargés de la découpe du gâteau au couleur de "Kanaky". 


 

 

A la fin de la journée, après les traditionnelles coutumes d'au-revoir des délégations, le site de la foire de Thio a laissé place à un pilou rythmé par les chants des vieux de Cöö mè Kumôô. 

 

Lien avec l'USTKE : http://ustke.org/actualites/actualite-politique/30-ans-apres-le-18-novembre-1984-at_524.html

Kanaky : 30 ans après le 18 novembre 1984

Publié dans Kanaky, Colonialisme

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