Pour une Europe de la transition écologique. Non à l'aéroport de Notre-Dame des Landes

Publié le par NPA

Intervention de Sandra Cormier (NPA 44) n°2 de la liste "Pour une Europe des peuple et des travailleurs", lors du meeting de Carhaix le mardi 6 mai

 

AmiEs, camaradEs,

Le NPA et la Gauche indépendantiste bretonne sont présents ensemble dans ces élections européennes. C'est important et essentiel que dans ce contexte politique, ces élections, s'exprime une voie anticapitaliste, internationaliste et anti-impérialiste. Une liste radicalement anti-austérité pour une Europe des travailleur-e-s et des peuples où la des satisfaction besoins sociaux et environnementaux de la majorité passe avant les intérêts d'une minorité qui accapare les richesses. Cela veut dire que dans ces élections nous défendons une orientation politique qui ne joue pas les ambiguïtés, qui ne pense pas qu'il faille refonder l’Europe dans ses institutions actuelles, car celle-ci n’est ni amendable ni réformable. C'est une machine antidémocratique, une machine de guerre contre les classes populaires et qui reste un instrument entre les mains des banques et des multinationales. Ce qui induit automatiquement pour nous la rupture avec ses politiques, ses institutions actuelles, ses traités.

Et il est important également, dans le sens de notre démarche de faire exister dans ces élections comme dans les luttes une opposition de gauche anticapitaliste et révolutionnaire face à l’extrême-droite, la droite et la gauche libérale alliée du patronat. Bien des mobilisations en Bretagne, en France, en Europe montrent qu'ils ne faut pas laisser le terrain aux réa

 

ctionnaires de tous poils. Elles montrent la nécessité de construire des pôles ouvriers anticapitalistes au cœur de luttes souvent complexes, confuses voire interclassistes. Nos listes combattent non seulement l’austérité de droite comme de gauche et s'opposent fermement à toutes les formes de souverainisme, de protectionnisme de tous ceux qui rêvent d’enfermer les travailleurEs dans la prison des frontières, pour mieux les mettre en concurrence.

Nous disons aussi dans ces élections qu'il n’y a pas d'austérité locale, nationale ou européenne, tout simplement parce qu'il y a l’austérité tout court avec la même logique, celle de faire payer la crise aux travaileurEs. L’Europe n'est pas une entité abstraite, ce sont nos propres gouvernements qui en définissent la politique. Sans nier le poids de la Troïka, il n’y a pas de « Grand Manitou » au-dessus des États qui seraient de pauvres victimes de la politique européenne et de l’austérité imposée. Cette politique, ce sont les choix des classes dominantes nationales qui ont saisi cet espace pour valoriser leurs capitaux, leur économie dans l’économie mondialisée. Et ces élections sont donc pour nous l'occasion de porter à une autre échelle, les combats, les revendications que nous portons à l'échelle nationale.

Et l'un des combat que nous voulons particulièrement porter dans ce cadre, c'est celui de la lutte contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une lutte emblématique de l'affrontement entre deux choix de société, deux mondes, celui qui s'inscrit dans la concurrence mondialisée et celui qui répond aux besoins sociaux et environnementaux des populations. Ayrault le soulignait lui même quand il disait « Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui

n'est pas la nôtre », illustrant parfaitement ce qui ce joue à Notre-Dame-des-Landes, un combat qui va bien au delà de la lutte contre un aéroport. Le slogan « contrel'aéroport et son monde » résume bien le tout ! Il y a bien incompatibilité totale entre ce projet et l'Europe, le monde que nous voulons. Et dans cette campagne notre liste sera la seule à le dire clairement, dans ses termes, sans ambiguïté, et parfois même à le dire tout court !

C'est un combat que nous portons car il rentre en résonance avec tout ce que le capitalisme dans sa vision productiviste impose aux populations : le déni démocratique, la destruction de l'environnement, de l'emploi agricole, de l'emploi industriel, la concurrence entre les territoires, l’hyper-métropolisation et la main-mise de multinationales comme Vinci qui spéculent sur ces projets juteux en se gavant d'argent public.
C'est également un combat exemplaire dans ses formes de résistance. A bien des degrés, c'est un des laboratoires politiques de résistance les plus intéressants dans cette période de reflux des luttes et j'y reviendrai un des laboratoires de la répression organisée du mouvement social aussi.

C'est un projet qu'il faut combattre parce que conformément à la logique du capitalisme, il promeut une logique de concurrence entre métropoles, entre territoires à l'échelle européenne. Il y a derrière ça, le discours du sacro-saint développement, un leurre que nous devons déconstruire. Car de quel type de développement s'agit-il ? En aucun cas d'un développement répondant aux besoins sociaux des populations. Partout en Europe et dans l'ensemble des pays riches, c'est la logique de l’hyper-métropolisation qui prime : des régions doivent se transformer en vitrines du capitalisme, symboles de la mondialisation et de la délocalisation. Derrière cela il y a l’idée de faire des villes pour les riches, en excluant les pauvres en les rejetant en périphérie. Une hyper-métropolisation dont l'une des conséquences à terme est la suppression d'emplois.

C'est donc un projet destructeur d'emploi ! Et dans cette attaque contre l'emploi il y a la question de la propriété des moyens de productions. La stratégie d'occupation rappelle que l'un des enjeux principaux de la lutte est la terre et son utilisation. Face au patronat qui s'accapare des terres publiques, en expropriant, agriculteurEs et zadistEs rappellent que la terre appartient de fait à celles et ceux qui la travaillent.
Les petits éleveurEs de Notre-Dame-des-Landes ont été et restent les premierEs mobiliséEs. Ils souffrent des conditions imposées par la PAC européenne, l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution. Leurs revenus tournent souvent autour du Smic et la réquisition des terres leur ôte leur outil de travail.

Loin de permettre une agriculture de proximité respectueuse de l’environnement, le modèle de « développement » des partisans de l’aéroport favorise la concentration capitaliste et l’intensification de la production. Les populations doivent décider de politiques agricoles européennes et locales qui permettent de repenser la production alimentaire et de rapprocher les zones de production des zones de consommation. Et cela à leur profit et non pas à celui des groupes agro-alimentaires mondialisés.
Sans compter des dégâts écologiques irrémédiables. Près de 2000 hectares sont concernés par l’emprise de l’aéroport. Cela entraînerait la destruction d’une des dernières zones de biodiversité exceptionnelle de Loire-Atlantique...

Et le développement économique qu'ils promettent commencera par la destruction de 47 exploitations agricoles, d'une centaine d'emplois directs et de 600 emplois indirects. La création d’emplois est le plus populaire des arguments avancés par les pouvoirs locaux. C’est aussi le plus scandaleux : contrairement à toute la propagande mensongère de l’État et du patronat réunis, ce projet ne créera pas d'emploi et va même en supprimer !
Comment peut-on croire que, par un simple transfert de l’aéroport, on puisse passer de 1650 à 3500 emplois ? Ces emplois seraient tout simplement transférés sur le nouveau site. 2000 salariéEs verront leur emploi transféré à 50 km.
La réalisation du projet mettrait en danger un site d’Airbus qui utilise l’actuel aéroport et compte 1200 salariéEs. Les aéroports voisins seraient fragilisés voire supprimés. Cela équivaudrait à des destructions d’emplois à Angers, Rennes, et peut-être d’autres villes bretonnes.
Certes, il y aurait création d’emplois temporaires pendant la réalisation des travaux. Mais ce n’est pas ce dont la population a besoin : elle a besoin d'emplois utiles qui assureraient la satisfaction de ses besoins réels.

Et s’il s’agit d’investir pour l’avenir ! Ce sont des lignes de train et de bus, des écoles et des hôpitaux, des logements accessibles dont nous avons besoin. Les militantEs CGT 44 ont commencé à étudier les conséquences sur l'emploi autour de l'aéroport actuel s'il était transféré : elles sont assez inquiétantes pour qu'ils aient décidé de constituer un collectif « militantEs CGT contre l'aéroport ». Ceci est extrêmement positif. La lutte est en train de gagner une partie de la classe ouvrière organisée. Les politiques d'austérité qui accentuent la brutalité des conditions de travail et les licenciements dans la région (la sous-traitance industrielle, l'agro-alimentaire, la distribution, de grandes usines comme Arcelor où les chantiers navals sont particulièrement menacés) tendent à cristalliser les mécontentements contre un aéroport dévoreur de fond publics et qui en finalité ne créera pas les emplois promis.
Il faut aussi combattre ce projet parce que nous refusons l’Europe de la spéculation de la privatisation. Alors que le gouvernement n'a que la réduction des effectifs à la bouche. Comment peut-il justifier de gaspiller des centaines de millions d'euros pour construire un aéroport dont il n'arrive même pas à démontrer l'utilité sociale et dont le financement va être assuré par un partenariat public-privé garantissant un retour sur investissement exorbitant a Vinci ?

La lutte contre Notre-Dame-des-Landes, c'est le combat évidement contre la multinationale Vinci. Quand on entend « partenariat » avec les groupes capitalistes, il faut voir ça comme un dîner dans un resto de luxe : eux ils se gavent et nous on paye l'addition. Et c'est l’État qui passe les plats. Cela finit toujours par coûter très cher aux usagers toujours appelés pour rémunérer les actionnaires quand les choses vont mal ou comme Vinci se gave d'argent public.
L'exemple du stade MMArena au Mans est éloquent. L'accord signé avec Vinci, qui a financé la moitié du stade en échange d'une concession d'exploitation de trente-trois ans, oblige la Ville à combler le manque à gagner provoqué par la faillite du club. Le conseil municipal vient de voter une rallonge d'un million d'euros par an pour Vinci portant à 2,1 millions la facture annuelle qui s'ajoute au 1,3 million d'euros annuel déjà versé par la municipalité pour la construction du stade.
A Notre-Dame-Des-Landes comme ailleurs, les grands groupes capitalistes vivent aux crochets des budgets publics et comptent sur l’État pour remplir leurs carnets de commandes et verser des dividendes à leurs actionnaires.

Et cette lutte est bien l'occasion de démontrer à l'échelle de masse la complicité de l’État et de ses appendices locaux (conseils régionaux, généraux, municipalités) avec les capitalistes. La gestion des aéroports est maintenant exercée par des groupes privés, conformément aux réglementations européennes et au traité de Lisbonne.

La complicité de l’État avec les capitalistes s'inscrit aussi dans la stratégie de répression. Notre-Dame-Des-Landes en est un de leur laboratoire d’expérience privilégié. Et contre les opposantEs le gouvernement actuel mène la même politique de stigmatisation médiatique, de criminalisation judiciaire et de répression policière du mouvement social que Sarkozy. Une politique qui consiste à rejeter toute opposition dans l'illégalité et dont l'objectif est de susciter un sentiment de peur chez le plus grand nombre. Ce qu'en son temps Pasqua appelait en 86 «terroriser les terroristes». La fabrique médiatique du danger utilise tous les registres pour qualifier les occupantEs de la Zad: politiques («casseurs», «ultras», «anarchistes») mais aussi sociaux («jeunes») et xénophobes («étrangerEs).
L’accent mis sur les risques de violence renverse les perspectives, en mettant de côté les violences patronales et gouvernementales, pour se concentrer sur la violence des licenciéEs, des expulséEs, des dominéEs. Les conflits du travail, les résistances les plus importantes, sont ainsi assimilés de plus en plus à des « troubles à l’ordre public ».
La tendance est à la criminalisation de l’action syndicale et politique : les Conti, les PSA. Et Valls inaugure même une nouvelle menace : la dénonciation préventive pour les Goodyear. Ces méthodes se sont reproduites dans la répression des mouvements sociaux du sommet anti-Otan de Strasbourg en 2009 au mouvement contre la réforme des retraites de 2010, en passant par la grève du LKP en Guadeloupe et j'en passe.

Cet ordre public, cette légalité républicaine que défend Manuel Valls, ne sont que les paravents d’une vaste offensive d’exploitation et de dépossession des classes populaires. Partout en Europe la police remplace peu à peu la politique: les débats n’ont plus le droit de cité, puisque plus rien ne doit venir troubler le cycle de valorisation du capital.
L'objectif est de frapper fort à la fois physiquement et psychologiquement. Les forces de l'ordre n'hésitent pas à fouler au pied le moindre protocole, démontrant une fois de plus que l’État bourgeois se moque bien de la légalité quand il s'agit de servir ses intérêts ou ceux des patrons comme Vinci.

Le pouvoir cherche à casser des militantEs individuellement, sur le terrain judiciaire, avec à la clé arrestations, perquisitions, saisies, interdictions de séjours, prison ferme, mises en examen sous les prétextes les plus futiles. Bref, on condamne à tour de bras. Il s'agit d'atteindre le mouvement social dans sa chair et dans son âme, d'en mutiler ou d'en emprisonner certains pour mieux atteindre toutEs les autres.

Face au pouvoir assassin qui mutile et emprisonne, nous disons dans cette campagne tout notre soutien et notre solidarité aux inculpés du 22 février, notre révolte contre cette justice de classe, avec une pensée particulière pour notre camarade Enguerrand, candidat sur notre liste, prisonnier politique, mais également pour tous les autres entôlés et mutilés. Face aux provocations policières, à des condamnations hautement politiques produits d'un véritable terrorisme d’État et à la désinformation médiatique, nous devons mettre au grand jour ce qui se passe, étendre les solidarités et continuer de populariser ce mouvement. Car chaque mouvement est un laboratoire de la répression pour le gouvernement, chaque résistance est un exemple pour l'ensemble du mouvement social en France en Europe et dans le monde.

Pour finir je dirai que ce combat est une lutte phare pour tout le mouvement social. Faire reculer le gouvernement et les capitalistes, le patronat local, sur Notre-Dame-des-Landes constituerait un formidable encouragement aux luttes en cours et en germe, en France, en Europe et dans le monde, un encouragement pour l'ensemble du mouvement social. Oui, la lutte de Notre-Dame-des-Landes est nationale et s’amplifie au-delà à l'échelle européenne et internationale. Car depuis l'émergence du mouvement, celui-ci n'a cessé d'inspirer. L'année 2013 a vu fleurir des Zad un peu partout sur le territoire. Plusieurs zones d'occupation se sont développées sur le même modèle. Mieux, cette lutte s’ancre dans un combat international avec les militants anglais contre l’aéroport de Stanted et ceux de Russie pour la sauvegarde de la forêt de Kimkhi contre Vinci, la lutte de contre un méga-complexe de casinos et d’hôtels d’Euro Vegas (Espagne), les centres d’extraction du gaz de schiste, le centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure (France), la destruction du parc d’Hellinikon (Grèce), les mines d'or d'Olympiada et de Cajamarca en Grèce et au Pérou, en passant pas les combats ouvriers pour l'emploi et la reconversion.

L’Europe capitaliste regorge de grands projets inutiles et imposés aux populations en faisant miroiter la création d’emplois. Ils ne servent en réalité que les projets des bétonneurs et des spéculateurs. Les points communs de tous ces grands projets : être inutiles socialement et économiquement, destructeurs de terres et d'environnement, de mépriser les populations qui habitent les territoires et qui en sont chassées ; leur coût pharaonique au regard des besoins sociaux ; le profit de grands groupes capitalistes en fond d’écran! Tous sont imposés par des décideurs qui n’hésitent pas à contourner leurs propres règles démocratiques et si besoin à recourir à la force contre les opposantEs.

À l’inverse, la démocratie réelle, la mobilisation, la créativité et le contrôle par toutes et tous permettent de supprimer les productions inutiles et dangereuses, d’en finir avec le chômage en partageant le travail utile et la richesse accumulée. Dans toute l'Europe, les luttes anticapitalistes et anti-productivistes construisent cet autre projet de société où les priorités de production et de consommation devront être démocratiquement décidés par la population.
Plus largement, qu'il s'agisse du combat à Notre-Dame-des-Landes ou des combats sur les lieux de travail, c'est construire la solidarité des luttes qui est indispensable. Et en extension, nous devons renforcer les coopérations et les solidarités entre les luttes de chaque pays. Seules des résistances, des luttes, coordonnées à l’échelle européenne permettront la construction d'une autre Europe, d'un autre monde au service des besoins sociaux et environnementaux de la population, des travailleurEs.
Le combat n'est pas fini ! A Notre-Dame-des-Landes, il ne le sera que quand le gouvernement aura officiellement enterré le projet. Ce sera la confirmation, une fois de plus que seule la lutte paie, que l'on peut gagner et qu'il ne faut jamais rien lâcher !

Sandra Cormier

 

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Pour une Europe de la transition écologique. Non à l'aéroport de Notre-Dame des Landes

Publié dans Européennes, Ecologie, NPA

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