NPA et Front de gauche, ensemble jusqu'où ?

Publié le par JDD

NPA et Front de gauche, ensemble jusqu'où ?

A la mi-avril, le Front de gauche et le NPA se retrouveront dans la rue pour rassembler ceux qui "refusent la politique du gouvernement". Les différentes formations se sont rencontrées cette semaine pour en discuter. Mais jusqu'où peut aller ce mécontentement partagé?

Le Parti de gauche lundi, puis le Parti communiste jeudi. Le NPA d'Olivier Besancenot a rencontré ces deux organisations du Front de gauche afin de se mettre en ordre de marche pour la manifestation de la mi-avril. L'objectif : "ne pas laisser la rue à la droite" et rassembler "tous ceux qui à gauche refusent la politique du gouvernement". Avec cette marche nationale, ces leaders politiques entendent ainsi exprimer leur "ras-le-bol". Mais partagent-ils tous le même mécontentement à l'égard de François Hollande?

"Jusqu'à présent, le Front de gauche et le NPA n'étaient pas nécessairement dans la même lignée", explique au JDD.fr le politologue et chercheur à l'Iris, Eddy Fougier, qui rappelle que "parmi les groupes à l'origine du Front de gauche, la Gauche anticapitaliste est une émanation du NPA". Le spécialiste voit dans cette manifestation "une volonté du NPA de revenir sur le devant de la scène" et une tentative du Parti de gauche de "créer une sorte de grande alliance de la gauche radicale". Eddy Fougier fait une différence entre le parti de Jean-Luc Mélenchon et les communistes : "Le PC ne sera peut-être pas très à l'aise avec cette annonce (…) Envoyer un boulet rouge au PS à quelques semaines des municipales (où des alliances ont été actées, Ndlr) n'arrange pas nécessairement leurs affaires." Au PG, "ils peuvent lâcher leurs coups face au pouvoir car ils n'ont pas vraiment d'intérêts locaux" et "très peu d'élus" contrairement au PC, qui est dans une position plus délicate.

La manifestation de la mi-avril - qui pourrait se tenir le 12 - se tiendra toutefois après les deux tours des municipales. "Une grande marche pour un sursaut de la gauche : c'est à notre portée", a écrit Pierre Laurent lundi dans un communiqué.

"Le PG se rapproche presque plus du NPA que du PCF"

Pour le politologue, "quand on partage le même 'non', ça va", mais "lorsqu'il s'agit de passer à des choses plus sérieuses", cela se complique... Après avoir partagé la rue en avril prochain, le NPA et le Front de gauche conduiront-ils des listes communes aux élections européennes de mai prochain? "Le NPA fait la proposition de listes unitaires à toutes les forces politiques qui, dans la continuité des municipales, entendent s'opposer à la politique du gouvernement pour contrer la droite, l'extrême-droite et le nationalisme", assure vendredi Olivier Besancenot au JDD.fr. L'ancien candidat à la présidentielle ajoute que le Front de gauche "est pour l'heure divisé sur ce positionnement" et "semble plus regarder vers la gauche du Parti socialiste".

Mener ces listes en commun est-il cohérent, au vu de l'histoire de ces deux formations? Non, rétorque Eddy Fougier, qui là encore distingue le PG du PCF. "Si on revient en arrière, entre les communistes et les trotskistes - les gauchistes comme on disait à l'époque - il n'y avait pas une proximité très grande", explique le politologue, qui ajoute que "s'il y avait des alliances, c'était plus entre Lutte ouvrière et la LCR (devenu NPA en 2009, Ndlr)". "J'ai du mal à imaginer une liste européenne de la gauche radicale qui aille du PC jusqu'au NPA", notamment car il y a "des vieux contentieux", poursuit le politologue.

Mais ce dernier reconnaît toutefois que les lignes politiques ont bougé à gauche. En cause, l'orientation "plus centriste" de François Hollande. "Il a un peu déporté sur la gauche un certain nombre de courants, en particulier le Parti de gauche qui se rapproche du NPA", précise-t-il. Avant d'ajouter : "Le PG est dans une logique où il se rapproche presque plus du NPA que désormais du PCF."

"Quoi qu'il en soit, le NPA sera présent aux européennes"

Reste qu'une des principales différences entre le Parti de gauche et le NPA est leur relation au pouvoir. "Mélenchon potentiellement veut arriver au pouvoir sans le PS (…) Au NPA, la question est : 'veulent-ils vraiment arriver au pouvoir?' Je n'en suis pas certain", explique Eddy Fougier. "Je suis un militant révolutionnaire", déclarait Olivier Besancenot sur LCI en 2011. "Il ne faut pas seulement substituer un gouvernement à un autre. Il faut abolir l'appareil d'Etat tel qu'il est pour établir un nouveau mode de fonctionnement démocratique, du bas vers le haut", indiquait-il également dans un débat pour le magazineRegards la même année.

La manifestation d'avril prochain sera avant tout une manière de compter les rangs et de prouver qu'il existe une alternation à gauche. Quant aux européennes, le NPA - en mal de finances suite à ses mauvais résultats électoraux - a lancé une souscription pour "faire vivre l'anticapitalisme". Cette campagne financière a d'ailleurs reçu le soutien du réalisateur Ken Loach. Pour l'heure, le parti a récolté près de 400.000 euros, sur le million d'euros espéré. "Quoi qu'il en soit, le NPA sera bel et bien présent aux européennes", conclut Olivier Besancenot.

Anne-Charlotte Dusseaulx - leJDD.fr

vendredi 21 février 2014

Publié dans Centrisme

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