Les inégalités de conditions de vie dans le monde

Publié le par Observatoire des inégalités

Les inégalités de conditions de vie dans le monde
89 % de la population mondiale a accès à l’eau potable. L’espérance de vie a progressé de 21 ans depuis les années 1950. 89 % des enfants sont scolarisés au primaire. Les conditions de vie se sont améliorées dans le monde. Les pays les plus pauvres restent néanmoins très en retard.

Les inégalités entre les populations des pays pauvres et des pays riches ne se résument pas aux écarts de revenus. Elles se traduisent concrètement par des conditions de vie très différentes, en particulier en ce qui concerne les biens fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable, à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, au logement ou aux nouvelles technologies. L’Indice de développement humain (IDH) [1], est partout en constante progression. Cet indice était de 0,694 en 2012, contre 0,561 en 1980.

Comme le montrent nos données, dans l’ensemble, l’amélioration des conditions de vie est indéniable, l’évolution de la situation mondiale est partout positive. La situation des plus pauvres s’améliore même dans les pays du Sud, et notamment en Afrique, pourtant souvent citée en exemple pour ses retards en matière de développement. En Afrique subsaharienne, la part des habitants sans eau potable est passée de 51 % en 1990 à 37 % en 2011.

Les habitants de la grande majorité des pays en développement ont vu leurs conditions de vie s’améliorer, et pas seulement dans les pays émergents, malgré une augmentation massive de la population mondiale, en particulier dans les pays les plus pauvres.

L’accès à l’eau ne progresse pas qu’en Afrique. Les populations pauvres ont un meilleur accès à l’eau potable : en 2011, 89 % de la population mondiale, soit six milliards de personnes, avaient accès à l’eau potable, contre 76 % en 1990 (quatre milliards de personnes). Le nombre de personnes sous-alimentées diminue également : 842 millions d’individus étaient concernés en 2013 [2], contre un milliard en 1992. La part de personnes qui souffrent de la faim est passée de 19 % au début des années 1990 à 12 % en 2013. L’espérance de vie à la naissance s’élève. Elle est de 68,7 ans (hommes et femmes confondus) en 2010, contre 46,9 ans au début des années 1950. Les pays les moins développés suivent également ce mouvement. Entre 1999 et 2010, la proportion d’enfants scolarisés est passée de 82 à 89 % au primaire, et de 52 à 63 % au secondaire.

Cette vision idyllique de l’évolution de la planète doit être fortement nuancée. Malgré ces améliorations bien réelles, des inégalités massives demeurent. Dans de nombreux pays, les guerres, la désorganisation des structures économiques ou l’accaparement des richesses par une élite dirigeante, empêchent le plus grand nombre d’accéder au minimum vital, alors que les plus aisés s’enrichissent et consomment toujours plus. Lybie, Syrie, Centrafrique…La liste est longue des pays ravagés par les conflits, où les populations vivent dans des conditions dramatiques. Le PIB par habitant [3] est de 769 dollars en parité de pouvoir d’achat [4] en Sierra Leone, de 979 dollars en Ethiopie, alors qu’il atteint 29 819 dollars en France ou 46 982 dollars en Norvège.

L’échelle continentale masque également d’énormes inégalités entre les pays, les zones rurales et les villes. Il faudrait observer comment les inégalités évoluent au sein de chaque pays, dans les pays pauvres comme dans les pays les plus riches : une amélioration moyenne peut masquer une détérioration pour certaines catégories de populations marginalisées.

Dans les pays aux économies émergentes (Chine, Brésil par exemple), une partie de la population sort progressivement de la pauvreté pour accéder à la classe moyenne. Mais à quel prix ? Leurs conditions de travail, leurs revenus, leur protection sociale n’ont rien à voir avec la situation des employés des pays développés. Les paysans qui vivaient de leurs terres sont contraints, en raison de l’élévation du coût de la vie et parfois parce qu’on leur confisque les biens dont ils tiraient leurs revenus, de rallier les grandes villes pour trouver meilleure fortune. Ils se retrouvent alors à survivre grâce à de petits boulots très précaires et à habiter dans des taudis.

Dans de nombreux pays, les conditions de vie restent indignes, équivalentes à ce que les pays riches ont pu connaître il y a plus d’un siècle. D’autre part, la situation des femmes est encore très difficile dans de nombreuses régions du monde où elles sont totalement privées de libertés et de droits fondamentaux.

Les progrès en matière d’accès à l’eau potable, à l’école, aux nouvelles technologies notamment, cachent aussi des améliorations en trompe-l’œil. Si le nombre d’enfants non scolarisés en primaire dans le monde en développement s’est fortement réduit, passant de 104 millions en 1999 à 58 millions en 2010, c’est aussi au détriment de la qualité des conditions d’éducation et d’enseignement. Pour faire face à une très forte pression démographique, l’amélioration de l’accès à l’école s’est traduite par une très forte progression du nombre d’élèves par classe (60, voire 100). L’essor des activités productrices, de l’industrie, du bâtiment, des transports, engendre aussi dans ces pays des conséquences environnementales qui peuvent être désastreuses. Dans les pays en développement, un peu plus de 862 millions de personnes vivaient dans des bidonvilles en 2012.

Les habitants des pays émergents [5] et en développement [6] ne sont pas enfermés dans la misère. Il n’y a pas de fatalité. La tentation est grande de fermer la porte d’accès aux bienfaits matériels aux populations du Sud, au nom de la préservation de notre « modèle social », ou par souci de l’environnement et des générations futures. Le protectionnisme de plus en plus mis en avant est aussi une façon de fermer la porte de la richesse aux pays du Sud.

Pour se donner bonne conscience, de nombreux discours idéalisent ainsi les modes de vie et la culture des pays « différents » et mettent en avant les déboires consuméristes des plus riches. Ce relativisme peut être légitime s’il permet de faire comprendre que les inégalités ne décrivent pas l’ensemble de la vie sociale, s’il prône le respect des cultures dominées, ou encore s’il permet d’alerter sur les conséquences, pour l’ensemble de la planète, des modes de vie destructeurs des habitants des pays riches. Mais il ne doit pas servir d’alibi à l’abandon de la recherche de l’égalité entre l’ensemble des individus de la planète [7].

Valérie Schneider

A lire sur : http://www.inegalites.fr/spip.php?page=analyse&id_article=1911&id_rubrique=28&id_mot=15&id_groupe=20

Publié dans Pauvreté, Inégalité

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