La facturation de l’eau, une «jungle» française (carte interactive)

Publié le par L'Humanité

Une étude de la Confédération générale du logement, publiée aujourd’hui, révèle les fortes injustices liées au prix de l’eau. Souvent excessif, celui-ci varie selon que l’on vit en ville ou dans le secteur rural, première victime de cette inégalité. 

La France se découpe en six grands bassins versants. Six zones où se partagent les eaux qui tombent sur notre pays, de l’Artois-Picardie, au nord, au bassin Adour-Garonne, au sud. Voilà pour la géographie, limpide. La carte des prix de l’eau est bien plus complexe. « C’est une véritable jungle », résume la Confédération générale du logement (CGL), qui a répertorié la tarification pratiquée dans 6 322 communes de l’Hexagone. Son étude, que l’Humanité s’est procurée, montre de grandes injustices selon le département où l’on habite, selon que l’on vit dans un village ou une grande ville.

De fortes disparités dans le même département

L’eau coûte ainsi deux fois plus cher en moyenne dans le Tarn-et-Garonne (5,72 euros du mètre cube) qu’en Haute-Vienne (2,93 euros). L’écart entre les départements peut varier du simple au triple si l’on étudie les prix médians, encore plus révélateurs. Pis, il y a de fortes disparités au sein d’un même département, et parfois entre communes voisines. Et ces disparités ne s’expliquent pas toujours par la topographie. « Dans les Hauts-de-Seine, les villes de Suresnes, Saint-Cloud et Boulogne-Billancourt sont voisines et ont toutes une frontière avec Paris. Pourtant, le mètre cube d’eau est facturé 3,01 euros à Paris ; 3,68 euros à Saint-Cloud ; 3,95 euros à Boulogne-Billancourt et… 4,24 euros à Suresnes. »

France rurale pénalisée

Et les villes de plus de 100 000 habitants, dont on parle le plus, ne sont pas forcément les plus chères. En moyenne, elles facturent le mètre cube autour de 3,35 euros, avec des prix qui tendent à s’homogénéiser. « La France rurale est une fois de plus pénalisée », dénonce la CGL. Les écarts peuvent aller de
1 à 7 dans les villes de moins de 10 000 habitants. Une injustice qui n’est pas facile à repérer face à la multiplicité des modes de tarification. Quand cette dernière n’est pas divisée entre abonnement et consommation, elle est parfois saisonnière, voire aussi dégressive. À Néret, Montlevicq ou Champillet (Indre), plus vous consommez, moins vous payez ! Et la tarification sociale, qui peut parfois être socialement plus juste, ne va pas aider à s’y retrouver dans cette « jungle ».

Car facturer selon la consommation et les revenus ne fera pas baisser le prix payé par la collectivité dans son ensemble. Les grandes multinationales, comme Veolia ou Suez, n’y sont d’ailleurs pas opposées. Seul un monopole public permettrait « une mutualisation des coûts et un prix unique de l’eau à l’échelle nationale », plaide la CGL (lire notre entretien ci-dessous). « Cette péréquation des prix, absolument nécessaire, peut être réalisée sans attendre la création d’un service public national », estime Jean-Claude Oliva, de la Coordination eau Île-de-France, qui appelle, ce week-end, à un grand rassemblement à Saint-Martin-d’Hères, près de Grenoble, pour que l’eau publique soit au cœur des enjeux des municipales (lire encadré). La gestion décentralisée de l’eau a d’ailleurs permis de remporter des batailles pour un accès à une eau moins chère. On ne compte plus les collectivités ayant décidé de créer une régie publique.

Service public à deux vitesses

La disparité des prix entre les zones rurales et les grandes villes fait craindre le risque «d’un service public de l’eau à deux vitesses», alerte de son côté Emmanuel Poilane, directeur de la Fondation Danielle-Mitterand France Libertés. « D’un côté, il y aurait les grandes villes, en régie ou en délégation de service public, avec une eau relativement peu chère, grâce à leur densité de population. Et de l’autre, des communes rurales, où les canalisations, réalisées dans les années 1970, vont devoir bénéficier d’investissements lourds, sur le long terme. » Qui va payer ? « Ce ne sont pas les grands groupes », assure Emmanuel Poilane, qui souligne l’urgence d’une véritable péréquation nationale. Le débat ne se limite donc pas à la seule alternative public/privé au niveau local, ni à la question du prix. Pour le responsable de France Libertés, « c’est tout le modèle économique du service public de l’eau qu’il faut repenser ».

Pierre Duquesne

Lien avec l'article : http://www.humanite.fr/societe/la-facturation-de-l-eau-jungle-francaise-554982

La facturation de l’eau, une «jungle» française (carte interactive)

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