Homophobie ordinaire...

Publié le par SOS Homophobie

Homophobie ordinaire...

Laure est professeure de Lettres dans un collège des quartiers nord de Marseille, mais ce qu'elle entend tous les jours dans les couloirs, dans la cour et dans la classe, elle pourrait l'entendre à Lille, Paris, Toulouse, Lyon ou partout ailleurs. D'ailleurs, elle l'entend dans la rue aussi.

«C'est pas un truc de pédé, t'as pas de couilles, grosse salope, tu pleures comme une gonzesse, t'as des chaussures de tapette, travelo, sale gouine.»

Quand les intervenant.e.s de SOS homophobie ont franchi la porte de la classe de la 3e C, dont Laure est la professeure principale, sur sa demande et avec l'accord de la cheffe d'établissement, l'échange a pu commencer.

D'abord, les intervenant·e·s ont fait réagir les élèves sur le mot «phobie» et puis ils/elles ont porté au tableau toutes les insultes que les élèves connaissent et utilisent tous les jours. Ça semble cru comme ça, mais c'est éclairant. À la craie sur le tableau noir, les mots claquent. Les élèves comprennent vite que les insultes envers les garçons tendent à les féminiser, à les ranger dans la case de ceux/celles qui sont considéré·e·s comme passifs/ves et dominé.e.s («salope», «enculé», etc.). Alors que les insultes contre les filles, elles, les dégradent, les placent comme des objets sexuels («sale pute», «chaudasse», «connasse», «grosse chienne»). Quand on passe aux propos homophobes sur ce mur des insultes», le trait est forcé. «Gros enculé», «lopette», «broute minou», «pédé», «sale gouine». Quand on insulte, on humilie, on rabaisse aux instincts sexuels, on attribue le genre inversé, on amalgame, comme pour le terme «pédé», le mot pédérastie (pratique rituelle de l'Antiquité) avec le crime de pédophilie. Ce petit atelier sur les insultes a pour objectif de faire comprendre aux élèves que les mots ont un sens, un impact et blessent, dans la classe comme à l'extérieur du collège, que les insultes ont un contenu sexiste. Certes des personnes discriminées utilisent parfois entre elles certains de ces termes, mais c’est une réaction de récupération d’un terme violent afin de se l’approprier pour en minimiser les effets négatifs, comme cela a pu être fait par les noir.e.s américain.e.s. Il n’est reste pas moins que l’origine de ces mots est péjorative et qu’ils sont majoritairement utilisés pour faire mal. L’insulte n’est pas non plus humoristique et elle s’entend au delà du cercle où elle est lancée.

Les intervenant.e.s poursuivent l'intervention en déconstruisant les clichés sur les personnes LGBT, en faisant un rappel à la loi, en sensibilisant les élèves à la lutte contre toutes les discriminations, et en expliquant que parmi leurs proches, leurs ami.e.s, il y a sans doute des personnes qui sont gay, lesbienne, bi ou trans'. Les langues se délient, Marion connaît une amie de ses parents qui est lesbienne; Farès a un cousin qui est gay.

«On connaît toutes et tous des personnes LGBT, elles ne sont ni moins ni plus que les hétéros, elles sont citoyennes.»

Alors les élèves prennent conscience que l’insulte peut heurter ces proches, même quand elle est utilisée sur le ton de l’humour, car ce sera toujours la ènième fois que l’insulte sera entendue ce jour là. La ènième fois que – même pour la blague et même indirectement – ce ou cette proche sera visé.e et infériorisé.e.

L’échange avec les élèves se poursuit. «Il faut faire attention aux insultes quand un gay ou une lesbienne est là.» Connaît-on toujours l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes qui sont à proximité de nous? «Mon pote gay il rigole avec nous quand on se traite de "pd"!» Es-tu sûr·e qu’il rigole sincèrement ou qu’il rigole toujours?

À la fin de l'intervention, les élèves sont content.e.s du débat, la professeure est satisfaite. Pour les intervenant.e.s, il ne s'agit pas de convaincre mais bien de dialoguer pour faire prendre conscience de la réalité de la discrimination et faire avancer les mentalités.

Publié dans LGBT

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